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A l'invitation de nos partenaires de Pologne, l’École supérieure de pédagogie de Myslowice, et du Collège des Travailleurs Sociaux de Chorzow, une délégation de 9 personnes de Social Sans Frontières a effectué un voyage d'études du 28 septembre au 3 octobre 2012.



Ce voyage nous a permis de participer à un moment particulier de la vie de l'Ecole qui nous accueillait, à savoir l'inauguration de l'année académique 2012 - 2013, au cours de laquelle Suzanne Stanisière, Présidente d'Honneur de SSF, s'est vue délivrer une distinction, le prix de la science de Haute Silésie "Sapere Aude" ("à celui qui a le courage de penser").



Ce voyage a aussi été l'occasion de rencontrer nos collègues silésiens et de travailler avec eux sur les thématiques de l'accueil des personnes en situation de handicap et des personnes exclues, avec le support de visites d'institution dont le programme avait été défini d'un commun accord.


Rencontre avec un établissement pour victimes de violences - Specjalistyczny Ośrodek Wsparcia dla Ofiar Przemocy w Rodzinie, Chorzów, ul. 3-go Maja 4/1



Mme Teresa Gabor en est la directrice, tel. 660 443 062; elle  a fait un séjour à Strasbourg
Elle dirige l’établissement depuis 2008, est AS depuis 14 ans, et a suivi une formation de Directeur
Elle a aussi travaillé dans un centre d’hébergement pour SDF
Elle est aussi curateur social, pour les familles dont les droits sont limités ; le juge est un juge des familles, compétent aussi pour les enfants ; majorité à 18 ans, majorité pénale à 16 ans
Le centre accueille des stagiaires.
La formation d’AS se fait après le bac : 2 voies :
1 – Le collège de travail social : titre professionnel, en contrat avec une université pour obtenir la licence ; 3e année spécialisation : marché du travail, animateur collectivité locale, soins en établissement d’aide sociale
2 – à l’Université : études de travail social : diplôme 1e cycle mais non professionnel

Présentation du Centre spécialisé de soins pour victimes de violence
L’établissement est assez récent, sa création faisant suite à la loi contre les violences familiales (2005).
En Pologne il existe 35 centres de ce type, en Silésie 3.
C’est un établissement national, les personnes accueillies viennent de toute la Pologne.
L’accueil se fait 24 h/24 ; il y a 10 places pour femmes avec ou sans enfants.
L’accueil est gratuit, toute personne peut être accueillie, sans intervention ou accord préalable du centre municipal d’action sociale,
Les femmes reçoivent un soutien social, psychologique, thérapeutique et des thérapies de groupe sont mises en place pour les enfants.
Des cours de soutien à la parentalité sont mis en œuvre pour les familles accueillies,
Cette activité étant liée à l’hébergement mais accessible aussi pour des personnes non hébergées.
En 2011, le centre a accueilli 251 personnes, dont 58 personnes hébergées.
Les normes sont régies par des textes du ministère (2011 pour les plus récentes).

Il s’agit de protéger la victime, de lui assurer un hébergement, d’évaluer la situation, les risques et d’élaborer un plan pour aller vers la sécurité, de diagnostiquer la situation dans la famille, de définir un plan individuel de suivi, d’énumérer des besoins, de définir des buts, des méthodes, des repères temporaires.
La durée d’hébergement est de 3 mois et peut être prolongée.
La personne peut, après un certain temps, soit être orientée vers un appartement suivi par l’AS, soit retourner à son domicile, parce que l’auteur de violences est expulsé ou emprisonné, soit occuper un nouveau logement.

Les auteurs de violence peuvent aussi être accompagnés, on essaie aussi de les aider, mais la thérapie des auteurs ne peut pas se faire dans le même établissement.
Les auteurs peuvent être contraints à suivre un traitement par les juges, mais aussi être motivés par les personnes qui les suivent. Ce type d’activité peut aussi être mené en prison ou dans les lieux où se trouvent des auteurs.
Les auteurs dépendants de l’alcool ou de drogue doivent d’abord faire une désintoxication avant la thérapie.
Il est difficile d’amener les auteurs à suivre une thérapie ; la ville a créé des excursions thérapeutiques de 2 ou 3 jours : elles concernent environ 10 familles par session.
Le programme de ces visites est organisé de façon à ce que les personnes soient ensemble mais sous surveillance des thérapeutes : apprendre à manger ensemble, jouer ensemble, etc.
« J’ai appris qu’on peut danser sans alcool » a dit un des participants.

L’établissement dépend du centre d’action sociale communautaire ; il était prévu que l’établissement soit autonome, financé uniquement par l’état, mais le budget de l’état est insuffisant, ce qui nécessite le rattachement au centre d’action social communautaire.

Le centre fournit l’hébergement, la nourriture, etc. mais les finances accordées par l’état n’augmentent pas ; en cas de problème, le centre peut compter sur un complément de la commune.
La nourriture et l’hygiène peuvent être financés par la personne accueillie selon ses ressources, mais l’hébergement et la thérapie sont toujours gratuits.
Il y a des dons de personnes privées de vêtements, draps, café, etc.

Les personnes souffrant de dépendances sont orientées vers des centres spécialisés, avec lesquels se noue un partenariat ; le juge peut imposer un traitement.

La durée du séjour est de 3 mois, cette période étant souvent suffisante ; mais si la situation est vraiment difficile  la prise en charge dure 6 mois ; et le suivi en appartement protégé  peut être de 2 ans.

Le personnel du centre comprend 7 salariés à temps plein, un psychologue, un pédagogue, 2 AS, 2 gardiens de nuit, le directeur, plus des temps partiels : un juriste, un médecin et un thérapeute.
Chacun assure une partie des tâches administratives.
Les tâches comptables et les contrats de travail sont assurés par le ccas.
La ville de Chorzow a un autre établissement  pour des victimes de violence, centre de soutien à la vie de famille compétent pour des situations de crise, sans nécessairement de violence familiale.
Le règlement intérieur  demande aux personnes de se comporter comme dans une maison, de faire le ménage ; mais certaines ne savent pas et se sentent contraintes ; elles quittent parfois le lieu en se sentant plus libre ; il y a 2 chambres de 5 personnes chacune.
Il faut avoir la nationalité polonaise, y compris des Rroms ayant la nationalité polonaise.
En Pologne, il y a très peu de réfugiés ou de personnes d’autres cultures, d’autres pays.
Les cas d’hommes victimes sont rares ; ils ne sont jamais venus chercher refuge, mais ont suivi des thérapies individuelles.
Les femmes auteurs de violence participent à des groupes de thérapie avec des hommes ; on constate un apport très positif.
On rencontre aussi des victimes qui peuvent devenir auteurs.
Mme Gabor a présenté un exposé au colloque à Strasbourg ; nous lui demandons de nous transmettre le texte de votre intervention ? Elle l’a déjà envoyé à Regain.

La Charte bleue :
Il s’agit d’un protocole unique pouvant être rempli par 5 personnes - AS, police, service alcool, service médical, service éducatif - dans les situations de personnes victimes de violence.
La personne qui le remplit a 7 jours pour le remettre à un groupe interdisciplinaire où siègent les représentants de la ville s’occupant de la prévention de la violence : commune, ccas, centre d’accueil des victimes, soutien famille, tribunal, police, commission municipale pour l’alcool, corps enseignant, médecin.
Au sein de ce groupe, 7 coordinateurs nomment un groupe d’intervention se chargeant du cas ; ce groupe est composé selon le cas : AS et police, et des spécialistes selon le cas.
Depuis janvier 2012, 112 chartes ont été remplies dans la commune.
Dans la charte figurent des infos sur les formes de violence, la durée, l’auteur et les victimes, etc.
La personne victime reçoit un document d’information, de conseils à l’aide
Le formulaire peut être rempli sans l’accord de la victime.
Un travailleur social prend contact avec la victime ; on remplit le diagnostic de la situation, le plan d’aide.
Si la personne refuse l’aide le groupe peut demander l’intervention du procureur qui peut interdire le rapprochement de l’auteur ou son expulsion.
Pendant le suivi on examine l’évolution de la situation ; c’est la victime, avec le groupe qui décide de l’arrêt du suivi.
Nous devons aider même si les personnes ne le souhaitent pas ; on peut envoyer un assistant familial (nouvelle fonction). Les personnes sont obligées de le recevoir ; si il n’y a pas d’enfants, on peut envoyer la police du quartier.
La charte bleue peut être utilisée aussi pour les violences psychologiques.
La charte bleue concerne les violences au sein de la famille.
Police de quartier joue son rôle, avec l’ensemble des intervenants, on a une vision pluridimensionnelle de la situation ; la coopération avec la police se fait bien ; les policiers sont impliqués, ils participent volontiers, même dans leurs jours de repos.
Dans les cas d’obligation thérapeutique, les travailleurs sociaux essaient de motiver la personne ; des personnes résistent à la thérapie ; il faut parfois les contraindre.
Dans la charte bleue, il est possible de se rétracter ; mais s’il y a des enfants, on continue de suivre la situation ; s’il n’y a pas d’enfant, le suivi peut s’arrêter si la personne se rétracte.
Le groupe de travail rencontre aussi l’auteur, sans obligation ; en général les auteurs viennent, soit pour se disculper, soit pour demander de l’aide.
Un enfant peut remplir la charte, avec l’aide d’un enseignant, si besoin.
Le professeur principal a un temps éducatif et fait de l’information, ou demande aux enfants de parler des situations de violence qu’ils peuvent rencontrer.
L’Etat intervient dans ce domaine, à travers des campagnes destinées au public.


Mardi 2 octobre 2012
Centre d'hébergement pour des personnes sans domicile fixe (hommes uniquement)




Le centre d’hébergement œuvre sous la forme juridique d’association. Elle existe depuis 2004. Le but de la structure consiste en l’aide de la personne par la mobilisation de toutes ses ressources.
Les intervenants travaillent avec ces personnes depuis 10 ans environ.
Leur mission se traduit par une très grande responsabilité vis-à-vis des personnes accueillies, face au bagage et aux expériences très difficiles qu’elles présentent telles que l’incarcération et la dépendance à l’alcool. Il faut du temps pour aider, emprunter différentes voies et essayer de faire leur travail au mieux.
Le président remercie le travail accompli par la directrice.
Leur équipe a conscience que le travail de soutien est difficile et que la vie des SDF s’avère très ardue.
La directrice évoque le souvenir de l’interview de Mère Teresa et ses propos : « sans une goutte ni de mer ni d’océan, demeure la motivation pour donner le meilleur d’eux-mêmes ».
Trait d’humour : « les hommes règnent dans le monde, les femmes dirigent les hommes. L’établissement est dirigé par 2 femmes ».
Cette structure est réservée aux hommes exclusivement.
L’équipe nous présente plusieurs photos et vidéos sur Powerpoint  qui témoignent de la vie des personnes accueillies et des projets menés par l’association tels que fêtes, barbecues, etc.
Avec l’accord du CCAS (Centre Communal d’Action Sociale), 45 places d’accueil sont dévolues aux personnes SDF.
Davantage de places furent proposées lors de l’hiver 2011, très rude. 63 personnes avaient leur propre lit.
L’équipe est habitée par le souci de s’investir au-delà du minimum à faire en tant qu’établissement de ce type. Pour ce faire, l’association entreprend une coopération et des actions régulières avec d’autres associations partenaires.
Le RENOUVEAU : association sociale de Haute Silésie, créée en 2004, dont l’objet est de porter assistance à toute personne de manière désintéressée. Ces personnes n’arrivent pas à résoudre par elles-mêmes leurs difficultés. Le public accueilli se décline entre des personnes âgées, handicapées, sans moyen de survie, victimes de violences, pauvres.
Commentaire sur les photos de Noël 2010 : lors de chaque fête religieuse, une salariée demeure en poste et assure une présence régulière auprès des personnes SDF. Un restaurant offre le repas la veille de Noël et le petit-déjeuner de Pâques.
Commentaire sur la vidéo de la fête de Noël : le film et les photos ont été réalisés par les bénéficiaires. Le spectacle « La Belle et la Bête » a été présenté par la même troupe théâtrale que le 1-10-2012 lors des journées de Chorzow consacrée à des ONG, dans un stade municipal.
Commentaire sur la vidéo portant sur la journée des associations : elle a été organisée le 16/6/2012 à l’initiative du président du Centre d’hébergement pour personnes SDF de Chorzow. On voit sur la vidéo le stade d’athlétisme où a été organisée la manifestation, situé dans un quartier remontant aux années 1970. Les stands étaient tenus par les ONG.
Vidéo sur comTV.pl : même manifestation que ci-dessus : concert de la musique municipale, majorettes, stands, etc. Maria PILARZ (ndlr : personne âgée qui tricotait les petits doigts en laine, nous l’avons rencontrée la veille) témoigne de leur volonté de rendre plus joyeux cette fête avec des démonstrations de tricot.
La représentante de l’association « CŒUR » souligne : « il faut avoir le cœur pour l’enfant, pour le Seigneur et pour le citoyen ».
Interview d’un homme qui préside une association qui lutte contre l’exploitation commerciale d’un grand parc, véritable « poumon vert » de la ville, dont la gestion est confiée à une entreprise privée pour générer des bénéfices.
Vidéo du 8/7/2012 : festival de la famille
Le centre pour SDF :
Le public accueilli est âgé de 28 à 78 ans. Il y a de plus en plus de jeunes qui arrivent au centre. Le plus jeune des hommes avait 19 ans.  Certaines personnes sont en situation de handicap. Les personnes SDF perdent le contact avec leur famille, le plus souvent. Les dames sur les photos assistent les personnes handicapées. Il y a aussi une élue locale qui soutient l’action de ces associations.
Comment les personnes SDF sont-elles repérées ?
    •    réalisation concrète des missions du CCAS (prise en charge des SDF)
    •    une partie des SDF se trouve en-dehors de la ville : le CCAS par le biais des assistants sociaux qui donnent un document qui oriente les personnes vers la structure, plus les ASS qui travaillent au centre. On demande à la personne quels sont ses besoins (hygiène, lavage vêtements, possibilité de prendre un déjeuner, payé par le CCAS). PDJ et dîner à la charge des personnes, qui reçoivent des allocations de l’action sociale, permanentes ou temporaires. Ces allocs sont une sorte de motivation ; règlement à respecter par la personne au sein du centre ; but est de permettre à la personne de devenir autonome ; Appartement protégés : travail d’utilité publique où les personnes sont payées pour rénover des appartements. Des personnes sont aussi employées par la ville pour la nettoyer. Une personne handicapée bénéficie d’un appartement social et est soutenir par un aide soignant. Un des anciens SDF a trouvé un travail dans un centre d’aide social. La structure essaie de leur trouver un travail. Il faut les enregistrer au pôle emploi. Il faut leur trouver du travail. Les SDF sont domiciliés temporairement dans la structure. Le médecin doit être informé de leur présence. Bienveillance dans le contact. Recherche de l’autonomie mais pas toujours possible, certaines personnes ne sortiront jamais de leur situation d’absence d’autonomie.
    •    concernant les femmes, on essaie de les placer dans des établissements protégés
    •    financement de l’association : le président nous explique que jusqu’en 2006, ils ont fonctionné comme un club d’abstinents ; elle rassemble des personnes dépendantes soit 81 membres. Ce sont des centres médicalisés qui vont faire des thérapies, la difficulté est d’inculquer à ces personnes de changer leurs habitudes, celles de ne plus consommer d’alcool.
    •    Quel est le statut d’une association en Pologne ? Chaque association a son propre statut, règlementé par la loi sur les associations. Ici, structure régionale (33 associations régionales en Silésie). En Pologne, il existe une loi portant sur « l’utilité publique et le bénévolat ». Elle régit le fonctionnement des associations mais aussi des ONG (fondations) Les associations peuvent être soit enregistrées au tribunal, elles peuvent rassembler des fonds propres. Elle ne peut pas obtenir des fonds publics. Les CCAS ne peuvent pas déléguer à des associations. Ces lois ont pour but de promouvoir l’action des ONG.
    •    Soit une association présente un projet et le CCAS décide d’octroyer le financement.
    •    Les appels d’offres sont ouverts au secteur privé et au secteur public.
    •    Loi sur l’utilité publique et le bénévolat régit les règles de cette structure
    •    Les associations essaient de recourir aux fonds européens : cela s’est professionnalisé et c’est difficile d’obtenir ces financements.
    •    A Chorzow, la plupart des missions a été déléguée aux associations mais la gestion administrative relève des CCAS.
    •    La structure ne répond aux critères de budget national mais elle reçoit une subvention de la ville, argent prélevé sur la taxe sur les alcools. Ils sont aussi reconnus comme organisation d’utilité publique. Ils ont des thérapeutes. Ils essaient de trouver des sponsors. Il existe une « association des associations » qui reçoit des fonds du Maréchal de Silésie.
    •    A la question qui a été posée sur la durée moyenne de séjour, il a été répondu que les résidents ici sont « déclarés » en Mairie. Ils sont donc admis sur la base d’une décision du CCAS qui essaie de fixer peu après l’admission la durée prévisible de séjour. Néanmoins une admission d’urgence est possible notamment en période de fêtes de fin d’année.  La situation administrative doit cependant être régularisée après coup.


Rencontre au Centre d’Aide Sociale « REPUBLIKA » (Dom Pomocy Spolecznej « REPUBLIKA ») à CHORZOW, rue Michalkowicka 4, en date du 2 octobre 2012.



Nous avons été reçus par la Directrice, Mme Lidia NASTULA et par son adjoint.
Il s’agit d’un établissement accueillant des personnes handicapées mentales, avec hébergement.
La REPUBLIKA accueille 97 résidents appelés « habitants ». Ils sont accompagnés par 58 salariés.
Nous avons été surpris de constater qu’il s’agissait d’un lieu de vie où les résidents ont des profils très hétérogènes, tant au niveau de l’âge (de l’enfant à l’adulte, entre 14 et 67 ans à ce jour) qu’en terme d’autonomie / dépendance (de la personne polyhandicapée au travailleur en milieu ordinaire).

Originalité de ce lieu : la gouvernance est calquée sur le modèle de la république. Un président et un gouvernement sont élus pour une durée de quatre années, par et parmi les habitants. Leur « Constitution » définit les droits et les devoirs de chaque citoyen.



Deux ou trois résidents travaillent en milieu ordinaire. Quelques-uns travaillent au sein de l’établissement (accueil, lingerie, …).
A l’ouverture de la structure, dans les années soixante, les habitants travaillaient dans une coopérative pour personnes handicapées (similitude avec nos ESAT ?). La plupart des anciens travailleurs touchent une pension. Ces entreprises n’ont pas pu subsister à l’arrivée du régime capitaliste. Il a donc fallu rechercher du travail pour eux.
En 1998, la structure a emménagé dans les bâtiments actuels. Dans le temps, il y avait trois mines à CHORZOW. Ce bâtiment était un hôtel pour des ouvriers et a été transformé en 1997-98.
La structure existe en fait depuis 1959, initialement créée pour des enfants handicapés mentaux devenus adultes déficients intellectuels. A ce jour, la REPUBLIKA accueille des enfants, des adolescents, des adultes et même des personnes âgées. Avant 1998, les habitants étaient uniquement des garçons. Maintenant, l’établissement est mixte.
A l’origine, la structure a été gérée par l’Eglise Protestante Luthérienne, alors propriétaire des bâtiments et gestionnaire du centre. En 1939, la Pologne a été envahie par l’Allemagne. Puis la Pologne a repris ce que l’Allemagne lui avait enlevé.
Les groupes de vie sont désignés comme des Familles.
Les soins médicaux sont prodigués par un médecin extérieur unique. Par contre, les médecins spécialistes tels que les psychiatres ou les neurologues sont distincts selon les résidents.
Les infirmières sont présentes par roulement de 7 à 19 heures, et n’assurent pas de présence de nuit. Un emploi à temps plein représente 40 heures par semaine en Pologne.
Il n’y a pas encore de personne très âgée en ce moment, mais c’est une problématique qui soucie d’ores et déjà les professionnels. Inévitablement, les besoins en soins et en appareillages vont augmenter avec le vieillissement des habitants, et le centre s’y prépare.
Le cadre est sympathique et apaisant. On y trouve beaucoup de mobilier, des photos et des décorations anciennes témoignant de l’histoire de la structure.
Le centre a sa chapelle. Les habitants sont soit catholiques, soit sans confession. Ils bénéficient de la liberté de culte. Une messe a lieu tous les mois ici. Une église proche est fréquentée par les personnes les plus autonomes.
Nous avons visité deux « Familles » , accueillant respectivement 15 et 18 résidents. Dans l’une des familles, nous avons constaté la cohabitation de personnes autonomes et de personnes polyhandicapées relativement « lourdes », en fauteuil avec maintien en coque.
Les chambres accueillent habituellement deux résidents. Elles sont simples, sobres et soigneusement tenues. Nous les trouvons relativement petites par rapport à celles que nous connaissons en France (bien que parfois il y en ait des bien plus petites).
Le centre est doté d’équipements intéressants :
    •    Un espace Snoezelen équipé d’un matelas à eau, de colonnes à bulles, de fibres optiques à manipuler, d’un projecteur d’images apaisantes, d’une sono, … . Tous les établissements ne sont pas aussi bien équipés en France. La salle est essentiellement investie dans un but de relaxation et de détente, essentiellement en groupe. La stimulation basale (appréhension et découverte de l’environnement par les cinq sens) n’est pas beaucoup évoquée.
    •    Plusieurs salles d’activités (musique, gym / kiné, bricolage, …).
    •    Une salle polyvalente bien équipée (scène avec rideaux, …).

Débat après la visite :
    •    Comment sont pris en compte les résidents qui n’ont pas accès à la parole ?
    •    Chaque résident a un référent chargé de l’accompagner au plus près, et qui le connaît mieux. Une relation plus proche s’instaure avec lui. Il sait repérer les besoins, interpréter l’état de la personne à travers ses mimiques, son regard, sa posture, … .
    •    La représentation des résidents par leur président connaît effectivement des limites. Nous nous rendons bien compte de la propension des personnes handicapées mentales à parler pour elles ; elles n’ont pas forcément conscience des besoins ou des préoccupations des autres.
    •    Il s’agit d’un concept philosophique, et la représentation des résidents est parfois plutôt symbolique.
    •    Au début, il ressort surtout des listes de vœux, de désirs, … l’idée serait de les responsabiliser, mais nous sommes limités dans la réalisation concrète des projets par les habitants eux-mêmes.
    •    En France, la représentation des usagers a été instituée à travers le Conseil à la Vie Sociale, et précédemment par le Conseil d’Etablissement. Les parents et/ou représentants légaux y sont également représentés. Est-ce le cas en Pologne ?
    •    Il y a des instances dans lesquelles les représentants des usagers sont présents. Il y a par exemple le Conseil Social dans les Communes. Plusieurs associations, les familles, … y sont conviées deux fois par an. Mais c’est en-dehors du centre lui-même.
    •    Quelles sont les possibilités de relations avec les familles ?
    •    Les visites des familles sont libres.
    •    Quels sont les avantages et les inconvénients que vous constatez dans l’organisation très hétérogène des Familles, par rapport à l’âge et à l’autonomie / la dépendance ?
    •    Avant l’arrivée de l’actuelle directrice, le centre était réputé accueillir des jeunes et des enfants, mais certains avaient tout de même déjà 48 ans. Nous avons donc demandé une extension de l’agrément.
    •    On aurait pu imaginer une famille pour les enfants par exemple, mais à ce jour il n’y a que deux mineurs dans l’établissement.
    •    Dans les familles homogènes, on a pu observer qu’il y a moins de dynamique, moins d’émulation, et donc moins d’évolutions. Les familles hétérogènes offrent un cadre plus stimulant.

Conclusion :
Nous aurions aimé pouvoir poser encore quelques questions. Par exemple :
    •    De quelle « école » s’inspire cette organisation sur le modèle de la République ?
    •    Qui décide de l’orientation des personnes handicapées ?
    •    Comment sont classées les différentes structures existantes ? D’ailleurs, quels sont les types de structures existant an Pologne ?
    •    Comment est financé le fonctionnement du centre ?
    •    Quelle est la dotation en personnel, non seulement en nombre mais en qualifications ?
Mais nous sommes déjà attendus pour la prochaine visite.
Nous remercions les habitants qui se sont montrés très accueillants, ainsi que leurs accompagnateurs qui nous ont accordé du temps pour répondre à nos questions pendant la visite.


1/10/2012 : Centre d'Initiatives Sociales à Chorzow

Accueil par le directeur, M. Marcin WEINDICH.



Le directeur nous informe que les locaux abritent les services de la "Caisse d'Allocations Familiales".

Club des séniors :

Nous rencontrons un groupe de personnes âgées pris en charge par une animatrice dans le cadre d'activités occupationnelles. Il s'agit d'un club de séniors.

Les personnes âgées fréquentent deux fois par semaine le centre. Ces rencontres leur permettent de se sentir utiles car elles éprouvent une forme de désœuvrement lorsqu'elles se retrouvent seules à leur domicile. Fréquenter le centre représente une sorte d'activisation pour elles. Ces personnes jouent aux cartes, à des jeux de sociétés, échangent verbalement (sur leurs maladies, les problèmes domestiques, sur différentes idées) autour d'un café et ont tissé des liens forts tout au long des années de présence au sein de ce groupe. Elles s'entretiennent avec un diététicien au sein du centre et pratiquent un mode d'alimentation sain. Elles apprécient voyager en Pologne et fréquemment, participent à des excursions, se rendent au théâtre, apprennent ou se perfectionnent en allemand. Un cœur (chorale) allemand s'est même constitué.
Ces journées sont attendues à l'avance. Elles durent 2h30 par jour.

Les excursions sont financées pour partie par la Ville de Chorzow. Le coût s'élève à environ 250 €/an, ce qui nécessite un autofinancement par le groupe. Il s'agit en-même temps d'une force du groupe qui pratique une certaine solidarité quant aux économies rassemblées par les uns et les autres. En effet, le budget "transport" représente la part la plus onéreuse du coût et tous ne disposent pas des mêmes moyens financiers.
De nombreux clubs séniors sont financés par les villes en Pologne.

Le club est ouvert à toute personne, vivant seule à domicile. La moyenne d'âge s'élève à 80 ans. La personne la plus jeune a 62 ans (une femme) et la plus âgée 94 ans (un homme), en pleine forme d'après l'animatrice ! Il est constitué de 40 femmes et 3 hommes au total.

Les personnes décident par elles-mêmes de leurs activités. Un nouveau programme est en cours de réalisation ; il vise à les encourager à sortir afin de les motiver à participer à des activités.

Concernant la question de l'intergénérationnel, un projet a vu le jour en 2011 et portait sur une coopération avec un jardin d'enfants, intitulé "la grand-mère adoptive". Des activités artistiques ont été organisées et des présents sous forme de sucreries ont été distribués. Le but du projet s'est traduit par l'apprentissage du respect envers les personnes âgées et la question de changer sa vision sur la vieillesse. Ainsi était offerte la possibilité de transmettre des recettes de cuisine à des enfants de 5 et 6 ans. Les personnes âgées ont pu aussi raconter leur parcours de vie et montrer des jeux aux enfants... et en retour les enfants ont eu le loisir de leur faire découvrir des jeux contemporains.

Question de SSF à l'une des dames : Ont-elles fait le compte de leurs trésors communs, du nombre de petits-enfants, etc. ? Réponse : Non, mais c'est une bonne idée !
Elles se montrent intéressées à participer à un projet intergénérationnel, à travers une activité manuelle et artistique, un concours de tableaux par exemple. L'atelier de travail manuel et artistique existe. Les personnes demeurent ouvertes à tout projet car le groupe est habité par une vie commune. Suzanne les invite à réaliser un travail qualitatif et quantitatif. La responsable du CCAS souligne que "souvent les expériences des personnes âgées tombent dans l'oubli ; il faut toujours les encourager".

Centre d'accueil de jour pour personnes atteintes de démence et de la maladie d'Alzheimer

La directrice du centre nous accueille.
Par ailleurs, elle dirige un centre accueillant des personnes connaissant des troubles d'ordre psychique (schizophrénie : dédoublement de la personnalité, dépression, peurs, troubles d'adaptation) à but rééducatif. Dans ce centre, le public accueilli est âgé de 18 à 60 ans. Cf. le site Internet www.sds.chorzow (visite virtuelle).

Depuis 2010, l'accueil de jour pour personnes démentes et Alzheimer accueillent 15 personnes (pour une capacité du triple). Il est financé par des fonds européens et par la Ville de Chorzow.
Les personnes s'y sentent en sécurité et s'avèrent calmes.
Des améliorations ont été observées. La maladie de régresse pas mais se stabilise.
Un programme de réhabilitation est engagé pour chaque personne :
    - musicothérapie
    - groupe de soutien pour les familles, une fois/mois
    - informations diverses
    - médicamentation

De nombreuses femmes ont intégré le groupe. Leurs maris représentent les aidants principaux alors que peu d'aide provient de leurs enfants.
Deux types de soutien coexistent : le médecin psychiatre et le psychologue.
Le centre apporte un aide aux aidants familiaux.
Les intervenants professionnels mettent en place auprès des personnes un entrainement à la mémoire, à la concentration, à la compréhension par le biais d'exercices portant sur le rappel de la date du jour, la date de leur anniversaire, une aide à l'orientation. La thérapie par le livre est pratiquée. Les personnes sont prêtes à participer aux activités créatives mais peu motivées par l'effort physique.
En matinée ont lieu des activités cognitives, créneau privilégié car l'état de forme des personnes est aléatoire, variable.

Comment ces personnes sont orientées et adhèrent au groupe ?
Une publicité est faite vers les travailleurs sociaux qui orientent ces personnes et leurs familles. Les personnes viennent des villes avoisinantes. Elles seront soumises à des tests psychologiques à l'occasion de consultations chez le psychiatre et le psychologue.
L'accompagnement se base sur un aspect thérapeutique et un volet restauration. Le but est de les intégrer au groupe et il est bien sûr important que les personnes fréquentent quotidiennement le centre où elles sont accompagnées soit par leur famille soit par un travailleur social. Le futur bénéficiaire refuse parfois de venir bien que sa famille serait d'accord pour qu'il intègre l'établissement.
Les personnes se rendent dans la structure du mardi au vendredi de 8h à 14h.
Les séjours sont payants en fonction des revenus du ménage. Le financement perçu par l'établissement se monte à 1170 slotis/jour/place (1 euro = environ 4 slotis). La personne paye 200 à 300 slotis/jour sa place en moyenne. Les repas sont à la charge des personnes soit 9 slotis/jour.

Il semble que les personnes soient très heureuses de venir au centre. Elles sont considérés assez indépendantes pour vivre chez elle. Bien qu'il demeure difficile de reconnaître la phase de la maladie, ces personnes se situent généralement à la première étape de leur maladie. En l'état actuel des connaissances, on tarde à découvrir la démence.


Spectacle de danse "tango" par un établissement accueillant des personnes handicapées mentales



Nous avons été invités à assister à ce spectacle qui était donné dans la salle de spectacle d'un centre culturel d'un quartier de Chorzow. Ce spectacle a été monté depuis plusieurs années avec un groupe de personnes handicapées mentales, avec le soutien de thérapeutes et accompagnants, et avec la participation d'une danseuse professionnelle.
Le spectacle évolue d'année en année, des tableaux s'ajoutant progressivement à l'ensemble.
Nous avons été très impressionnés par la beauté plastique, les décors et la qualité d'expression des acteurs - danseurs.